Elle parlait avec une vivacité qui fit sourire ses bienfaiteurs.
— Comme tu arranges tout cela, petite fée ! dit Madeleine. Mais ces gens, que veux-tu qu’ils fassent dans l’île ? Ce ne sont pas des marins…
— Vous savez bien que la plaine de Saint-Sauveur est cultivée en blé. Hier, en allant à Port-Joinville, Armand m’a montré, à Ker-Bossy, près du Moulin-Cassé, une petite ferme qui est à vendre en ce moment. On n’en veut pas cher… ils pourraient peut-être l’acheter ?
Plus bas, comme confuse de sa charitable intervention, la jeune fille ajouta :
— Au besoin, je serais heureuse de les y aider… pour que le digne homme qui m’a sauvée puisse terminer sa vie en famille… Vous m’avez donné les moyens d’être bonne, parrain chéri, et c’est si doux !
Ému, le vieillard embrassait sa pupille :
— Tu as toutes les délicatesses, mignonne ; nous verrons cela ; s’il y a une bonne œuvre à faire, nous en réclamons notre part. Toutefois, avant que de tenter un rapprochement entre le père et la fille, il convient d’en examiner les chances. Qui de nous connaît Josine ?
Les fronts se rembrunirent. On n’avait sur son caractère que les données les plus vagues, personne ne savait même le nom de son mari. Madeleine eut une inspiration :
— Évidemment, ces événements sont de beaucoup antérieurs à notre arrivée dans l’île ; mais Malvina pourra nous renseigner sans doute.
Annie courut arracher la vieille Islaise à ses fourneaux. La bonne femme arriva en hâte, prit avec un vague respect l’image que Madeleine lui présentait.