— Savez-vous qui c’est, Malvina ? demanda Mlle Lemarquier.
— Ça, Mademoiselle, déclara tout net la Vendéenne, ça c’est Josine, la fille au braconnier de la mer.
— Vous êtes sûre ?
— Y a pas à se tromper. Mais dame ! le portrait n’a pas été tiré d’hier. Il y a bien vingt ans de cela : c’était avant que son père ne la renvoie.
M. Lemarquier inclina la tête.
— C’est cela, fit-il. Mais, dites-moi, quel genre de femme, cette Josine ?
— Tout ce qu’il y a de franc et de bon, Monsieur, comme sont les filles de l’île. Seulement elle avait mis son idée sur ce soldat du continent ; le père en voulait point, la chose qu’il n’était pas marin. Leurs têtes se sont butées, et ça a fait du vilain.
— Et le fantassin, qui était-ce ?
— On l’appelait Chaugereau ; je le connaissais bien, vu qu’il racontait ses peines à l’une de mes sœurs, celle qui tenait une petite buvette près du fort de Pierre-Levée. Un garçon très sérieux, mais il n’a jamais voulu renoncer à la culture ; il a emmené sa femme à Challans. Ça doit faire un gentil ménage, on m’a dit qu’ils avaient beaucoup d’enfants…
Ayant épuisé son stock d’informations, la bonne femme se tut, et s’absorba dans le pétrissement de l’ourlet de son tablier, qu’elle roulait entre ses doigts maigres. Annie, suivant son idée, s’enquit alors :