— Vous qui avez connu Josine, Malvina, croyez-vous qu’elle se réconcilierait volontiers avec son père ?

— Dame oui, Mademoiselle, c’est même sûr ! Cependant, il ne faut pas y penser, parce que lui, il ne voudra rien savoir !

— Nous verrons… murmura Mlle Lauroy avec un bref mouvement de tête qui laissait deviner un plan d’action bien arrêté.


Le lendemain, Annie sauta de bicyclette devant la maison de son tuteur.

— Parrain, demanda-t-elle, avez-vous réfléchi à notre conversation d’hier ?

— Oui, ma chérie ; et tu sais qu’en principe nous sommes de ton avis.

— Parfait ! Eh bien ! voici du nouveau ; Armand vient de me prévenir que son capitaine le mande à Saint-Nazaire d’urgence ; c’est une absence de quatre ou cinq jours.

— Quand part-il, mignonne ?

— A midi, petite mère, par le courrier des marchandises, pour gagner du temps. Il sera là-bas ce soir, après six heures de traversée directe. Moi j’ai conseillé à grand-père Damase de profiter de ce printemps magnifique pour faire une grande expédition. Il va immerger ses nasses tout le long de la côte sauvage, et il croisera cinq ou six jours sur les lieux de pêche, pour surveiller ses engins. La nuit, il mouillera dans l’anse des Broches, au refuge des homardiers. Il part demain à l’aube, je lui confectionne un pâté.