Ainsi, gambadant par les champs de maïs et les carrés de légumes, le corps difforme et l'esprit embrumé, la pauvre idiote attrapa ses vingt ans.

Ses parents étant morts, une vieille femme, Madame Lafont, l'avait prise à son service. Elle gardait les bestiaux et allait blanchir le linge au torrent.

Les gars du village se moquaient d'elle en lui prenant le menton avec des mines comiques et les jeunes filles lui demandaient confidentiellement, histoire de rire un brin, si elle avait un amant: As oun galan, Innoucento? Et la pauvre idiote écarquillait ses petits yeux, ne comprenant pas, et gloussait comme ses poules.

C'était un après-midi de juillet. Un soleil fauve dardait ses rayons rouges dans le ciel blanc. Les mouches bourdonnaient au-dessus des eaux stagnantes, les guêpes picoraient sur la haie, les gélinottes roucoulaient dans les branches, et les petits lézards verts rampaient dans les buissons creux. L'Innoucento qui paissait ses bestiaux par les champs sentit sa tête lourde de somnolence et s'endormit à l'ombre des peupliers.

En ce moment le garde champêtre Miquelas passait dans le sentier, ivre. Il vit l'Innoucento endormie sous les peupliers, et une idée baroque traversa sa tête alourdie par la boisson.

—Tiens, comme c'est drôle! se dit-il.

Puis il réveilla d'un coup de pied la pauvre idiote. Elle se frotta les yeux en grognant. Alors il la prit dans ses bras et l'emporta dans le taillis prochain où l'herbe poussait haute.

Et les mouches bourdonnaient au-dessus des eaux stagnantes, et les guêpes picoraient sur la haie, et les petits lézards verts rampaient dans les buissons creux.

Depuis ce jour là, lorsque les jeunes filles lui demandaient: As oun galan, Innoucento? l'idiote ne gloussait plus comme ses poules et son regard devenait sérieux.

Quelques mois après, sa taille s'épaissit visiblement et les gars du village, en la rencontrant, disaient avec des éclats de rires: