Elles jacassent les petites couturières, les petites couturières engaînées de minces robes noires.
Elles jacassent et elles sautillent—et leurs bras grêles; et leurs saclets en cuir roussi. Et leurs échines se penchent devant la vitrine, leurs échines qui font luire les corsages par places. Admirations pour les toilettes de Paris tendues sur les mannequins rigides.
Deux à deux arrivent les retardataires, deux à deux. Une à une.
Et la dernière vêtue de rouge, elle court.
Elle court la main soutenant sa tournure qui sursaute. Elle court, ayant sa frimousse encore moite du lit, et les mèches noires de sa chevelure croulant malgré la morsure du peigne. D'un rire elle salue, tandis que des friandises, en sa bouche, lui gonflent la joue. Elle salue d'un rire sans pensée.
Et les petites couturières se pressent dans le couloir de l'atelier. La grande salle claire.
La grande salle claire où plane l'aigre puanteur des failles neuves. Elles s'installent; et elles se bousculent; et des claques malicieuses rebondissent sur les omoplates en saillie, sur les croupes futures. Des disputes crèvent pour occuper les meilleures places, très loin du poêle où chauffent les fers, très loin de la coupeuse surveillante qui taillade sans fin des étoffes de toutes nuances sur le transparent jaune du modèle.
Et s'inclinent, les têtes attentives, sur les doublures à faufiler, les têtes attentives des petites couturières si bien coiffées.
Agilement s'agitent les minces doigts, piqués noir par l'aiguille. Et les bavardages piaillent. Des potins d'amour. Aux frisures brunes s'emmêlent des frisures blondes; et les cheveux échappés des tempes tremblotent à l'haleine des confidences chuchotées. Les dos palpitent par saccades, en une grande envie de s'esclaffer.
Et la quinte des rires trop longtemps contenue résonne.