Des théâtres, elle n'aima que les drôleries. On sortait de là très joyeux, un peu lascifs ; on s'amusait huit jours à refaire les intonations de Lassouche et de Baron. Malheureusement la même pièce se jouait trois cents fois de suite. De même les opérettes. Quant au reste, des choses ennuyeuses pleines de démonstrations, ainsi que des cours d'institutrices.
Ce devint la routine grise de chaque jour. Des levers à dix heures dans la chambre en désordre, parmi les cuvettes traînant. Tout un ménage à faire avant la toilette. La concierge nettoie le petit salon. On entend les heurts de son balai contre les plinthes et les frôlements secs du plumeau. Et la femme apporte l'eau chaude et les bottines cirées, avec une mine discrète, grave de vertueuse offensée par l'appareil du vice.
Cette première ablution délasse Henriette de sa courbature amoureuse. Elle lui débride les paupières et les commissures des lèvres. Oh! s'oindre longtemps de cette eau ruisselante, odorante de vétyver.
— Vite, vite, petite, crie Maurice ; midi moins le quart! tu n'en finis pas.
Lui, en une minute, se trouve prêt. A peine hors le lit, déjà il a son pantalon et ses chaussures. Deux coups de rasoir sur la joue droite, deux coups sur la joue gauche, deux autres sous le menton et il frotte sa figure avec sa main blanche de savon. Sa tête entière disparaît sous la mousse floconneuse. Henriette ne peut se défendre de le regarder faire. Les bras musculeux et lisses du sportsman se contractent en bosses tandis qu'il se frotte vigoureusement ; et, sous la flanelle étroite, percent les pointes dures de ses mamelles.
Plus vite encore il s'essuie. Les brosses virent dans ses cheveux noirs avec un bruit de mécanique. Soudain il les jette sur le lavabo, et apparaît sa face rectiligne cadrée de cheveux aplatis, de favoris courts et ras.
Henriette le contemple, le cœur battant. A la lime il se polit les ongles et le soleil glisse rose à travers sa main fine.
Alors ils veulent s'étreindre dans la bonne odeur de leurs dermes propres et parfumés. La roulant sur le lit, il lui découvre les seins et les chauffe de ses lèvres. Sonne la demie. Henriette saute. Elle a peine à sauver sa poitrine des mains luxurieuses pendant qu'elle boucle son corset.
Habillés enfin, ils passent au salon se mirer à la psyché grande. Elle lui met la main sur son bras. Longtemps ils s'admirent et s'embrassent, heureux de se voir.
— Nous sommes très chic, hein?