Et subitement Henriette et Clémence entament l'éloge du journaliste tout bas. Il est si intelligent. Un garçon d'avenir. Celle qu'il aimera sera heureuse.
— Oui, mais il ne se collera jamais, reprend la rousse ; il est trop ambitieux. Une femme le gênerait.
— Et Hortense pourtant.
— Oh! une fille de brasserie. Elle va avec trente-six autres. Il s'en moque.
Survint Hortense. Aussitôt Castelan abandonna ses écritures. A paraître affables les hommes s'efforcèrent. De ses lèvres peintes elle riait aux galantises. Par gestes brefs elle ordonnait l'édifice de sa chevelure teinte en jaune ; et des mines vers les glaces. Très proches d'Hortense, Albarel et Sicard commencent à jouer des mains avec elle, une envie luxurieuse aux yeux, aux doigts.
A l'écart demeurent Clémence et Henriette. Loin de leurs amants qui affectent ne les point voir, elles reprennent leurs récriminations. La fillette sent battre son cœur, des larmes lui poindre, à mesure que s'affirme plus voulue l'indifférence de Maurice. Mais son amie :
— Va, ils reviennent toujours à nous. Au fond ils y tiennent. Il ne faut pas te désoler comme ça.
A Henriette il semble qu'une vengeance complète de la honte subie s'accomplirait, si, quittant Albarel qui la néglige, elle parvenait à jouir d'un luxe spécial et grandiose, d'une joie publique au bras d'un autre plus beau, plus riche et qu'il jalouserait. Ce serait l'abaissement de sa morgue d'homme, l'affirmation d'une infériorité : il a pu plaire quelques instants par erreur et parce qu'on était très jeune.
Castelan récite à Hortense un sonnet pour elle écrit. Les rimes sonnent hors sa bouche diserte, aimable et souriante. Ses doigts blancs scandent les vers avec un mouvement mol et rhythmique. Henriette l'admire encore. Elle aimerait fort que ces vers lui fussent adressés.
Le poète sans doute s'aperçut de cette contemplation : maintenant, à chaque fin de vers, il la fixe.