Henriette rougit et se tourne vers Clémence.


Sur les murs du cabaret à filles. — En les tentures vertes de haute lice s'embranchent des arbres touffus ; les plats bleus réfléchissent la lumière en orbes ; les tambourins rutilent, illustrés par les peintures écolières d'habitués ; les naïades en plâtre nu sourient sur les murs du cabaret à filles. Et des hommes de guerre à la mode d'antan chevauchent emmi les vitraux entre des colonnes à devises. Du lustre en fer le gaz diffus fuit, et ses lueurs chaudes plongent dans les mirances des tables cirées. La fumée des cigares stagne.

Et l'ivresse gagne, l'ivresse de gens qui se vautrent sur les femmes.

Henriette lape le champagne. Hortense l'embrasse. Castelan lui lit dans la main, et ses ongles soignés la chatouillent, la chatouillent jusqu'aux épaules.

Le gaz diffus, et ses lueurs chaudes, et la fumée stagnante où des dentures de femmes miroitent, s'éteignent.


Cette nuit-là, la réconciliation des deux amants se fit.

Il eut des prières et des protestations très tendres ; il la supplia de ne le point faire souffrir. S'il lui disait des reproches, c'est qu'il l'adorait entière, c'est que tout entière il la voulait sienne. A ces délicatesses de passion, elle, très bonne, n'est-ce pas, saurait compatir.

Dans le lacis de ses bras doux, elle pleure repentante, s'avouant à elle-même plus coupable qu'il ne la croit. Une fatalité la pousse, lui semble-t-il, vers les caresses illicites. Inéluctablement elle se prévoit dans les dentelles et les perles par sa chair payées.