— C'est impossible, mais si vous voulez me promettre de penser un peu à moi, cela me portera bonheur.
— Et il serra plus tendrement la main que la jeune fille lui abandonnait.
Henriette répondit d'une voix expirante :
— Je vous le promets, monsieur.
Albarel couvrit de longs baisers la main qu'il tenait.
La voiture montait, en ce moment, avec des grincements d'essieux, la rue Monge. Henriette, très ignorante de la topographie parisienne, ne pouvait pas se douter de la perfidie du jeune homme.
— Si vous saviez comme je vous aime, Henriette, soupira Albarel.
Et il débita d'amoureuses hyperboles.
Il essaya de l'enlacer, Henriette se débattit, mais faiblement. Enervée par les liqueurs, la danse, et toutes les émotions de cette soirée, elle se sentait lasse, incapable de la moindre énergie. Et puis, au fond, Albarel lui plaisait. Elle aspirait avec volupté l'haleine que la bouche rapprochée du jeune homme lui soufflait au visage. Le contact de sa peau lui faisait courir de petits frissons le long de l'épine dorsale.
Tout à coup Albarel chercha les lèvres d'Henriette qu'il scella brutalement des siennes. Un instant la jeune fille voulut se dégager ; puis une neuve sensation de délicieuses torpeurs, comme d'un bain tiède et saturé d'aromates, lui coulant de la nuque à la plante des pieds, elle se sentit rendre machinalement les baisers.