— Ne dites pas de bêtises ; vous me faites peur, dit Henriette d'une voix brève.

Et lui, debout et l'enlaçant :

— Henriette, Henriette, je t'aime, je t'aime, je t'aime.

Il cherche à faire sauter les boutons du corsage. Henriette effrayée se dégage des bras d'Albarel et court par la chambre. Il la poursuit, bousculant les chaises, l'œil allumé, en une exacerbation de désirs. Après une course folle autour du guéridon, il finit par la rejoindre dans un angle de la chambre. Alors sa bouche frémissante se mit à pomper comme une ventouse la bouche de la jeune fille. Ses doigts fébriles et convulsés fourragèrent à travers le corsage et sous les jupes troussées. Les cheveux dénoués sur ses épaules à moitié nues, Henriette lutta encore. Puis elle se sentit perdue, en allée et virante dans un ressac d'inconscience.

VIII

— D'où viens-tu?

— De la Gaieté.

— A deux heures du matin?

Toute pâle, Marceline ne livrait point le passage à sa sœur, et semblait tenir à ce que la fautive s'expliquât avant de rentrer. De la lampe qu'elle élevait, la lumière tombait jaune sur son peignoir, sur ses doigts tremblotants ; et, parmi l'ombre de l'abat-jour, ses yeux agrandis dardaient un regard aigu vers Henriette dont elle s'obstinait à éclairer le visage.

Sous l'insistance de cette lueur, la fillette baissait le front en répétant : « Laisse-moi passer, voyons. » Elle ne doutait pas que Marceline ne découvrît à ses lèvres la trace des baisers et autour de ses paupières le bridement qu'elle y ressentait elle-même.