— Qu'as-tu à me regarder ainsi? dit-elle enfin, prise de méchante humeur à l'encontre de cette volonté ennemie.
— Dis, d'où viens-tu? demanda encore Marceline.
Mais elle s'écarta devant le geste brusque de la petite, au cri de sa voix subitement violente :
— Je te l'ai déjà dit. Tu m'assommes à la fin.
Une rage la dominait à prévoir des interrogations sévères et minutieuses sur sa personne chiffonnée. Elle défit son chapeau et retira son peigne afin que ses cheveux épandus ne permissent plus de constater ses défrisures. Dans les oreilles lui claquaient encore les assourdissants baisers ; ses joues ardaient ; un chaos d'idées délicieuses et terrifiantes lui occupait l'esprit ; elle voulait une heure de solitude, une heure pendant laquelle il lui eût été possible d'analyser et de classer ses dernières sensations. En quelque sorte elle avait le besoin de peser l'exquis et le décevant de son escapade afin de la juger définitivement et de se fixer une règle future de conduite. Déjà Marceline la rejoignait :
— Tu as encore été courir, vilaine, avec cette Clémence. Tu n'es pas honteuse?
Elle déposa la lampe sur la toilette et s'assit. Ses jambes vacillaient. Dans son ignorante pudeur de vierge elle ne comprenait pas. Seulement elle pressentait quelque chose d'atroce, des mains de mâles fourrageant la toilette de la petite, dont les fripures la désespéraient ainsi que des signes de débauche. L'attitude sournoise d'Henriette ne rassurait pas. Aux questions, elle se contentait de hausser les épaules. Plutôt semblait-elle vouloir affirmer son indépendance que s'innocenter du retard.
Marceline attendait en excuse le conte de quelque folle espièglerie. Au contraire la fillette gardait une mine boudeuse, et se déshabillait lentement, sans dire.
Ce silence accrut l'inquiétude tâtonnante de l'aînée. D'habitude les rires et les moqueries appuyaient les raisons d'Henriette et non une inertie morose.
— Qu'as-tu enfin, que t'est-il arrivé?