Albarel anticipe en son imagination la scène du combat. Il se voit là-bas, dans l'air grivelé du matin, sous les arbres, debout en bras de chemise. L'éclair de l'épée adverse lui cingle la vue…
Ce ne sera rien, conclut-il. Pourtant une soudaine appréhension l'empoigne : « Si j'allais avoir peur! »
Et de tous les recoins de la partie obscure de la chambre, cette obsédante phrase diversement se répercute.
Le tic tac de la pendule semble ânonner : « Si tu allais avoir peur! »
Le masque japonais étire les commissures de ses lèvres exsangues comme pour insinuer : « Si tu allais avoir peur! »
On eût dit même que du bleu des écrans les monstrueux cacatois caquetassent : « Si tu allais avoir peur! »
Alors Maurice Albarel se sent, la durée de quelques secondes, saisi d'une terreur réflexe. Et ses mâchoires claquent.
Dans un très vieux quartier, une ruelle torte aux squames d'herbes. Dans une maison à lézardes, au bout d'une allée étroite, donnant sur la cour, une salle basse aux carreaux embus. De nombreux fleurets y strient les murs ; des épées de combat, des sabres de cavalerie, des haches d'abordage, des pistolets d'arçon, un heaume ceignent en trophée le brevet du maître d'armes, Monsieur Bardille.
Le père Bardille est un vieux troupier ayant dépassé la cinquantaine, moyen de taille, solide encore sur la planche, malgré l'apparente lourdeur de sa démarche. Des yeux gris aux pupilles abonnies, le cuir de la face tanné comme son plastron de professeur. De longues moustaches d'un blond roussi fluent sur des lèvres de fumeur de pipe. Il parle en zézayant.