Tout ce qu'on lui voulait apprendre, elle le détaille. Mme Freysse s'attendrit, constamment répète :

— Est-elle raisonnable, la pauvre petite, est-elle raisonnable.

— Elle calcule comme un homme, dit le mari.

— Papa m'y avait habituée.

— Alors nous allons pouvoir causer.

A l'air de M. Freysse, Marceline espère. Elle ne peut chercher recours hors lui. Les parents de son père, petits rentiers provençaux, elle les sait incapables de lui prêter aide. Ils ne viendront même pas à l'enterrement, vu la cherté du voyage. La famille de la mère se trouve éteinte.

D'un chiffre le négociant établit la situation. Que Marceline accepte ou refuse l'héritage, la faillite de l'Union absorbera tout. Pour s'éviter des tracas, il serait sage de signer un renoncement.

— Maintenant, il faut que vous viviez, votre sœur et vous. Voici ce que je propose. Je vais vous prendre dans mon magasin toutes deux. Vous serez ma caissière à deux cents francs par mois. Henriette procèdera aux livraisons des marchandises et surveillera les brodeuses. Elle aura cent francs. Avec trois cents francs vous pouvez vivre. Et, bien entendu, chez nous, c'est chez vous, vous savez.

— Oh! ma chérie, tu sais combien je t'aime.

La dame se jette au cou de la jeune fille. M. Freysse lui serre la main à l'anglaise. Marceline s'abandonne à leurs caresses et pleure. Elle pleure le passé, son père, ses domestiques, son landau loutre. Dans la boutique de l'avenue de l'Opéra elle s'imagine rendant la monnaie sur le comptoir peluche verte et ébène.