Eux, prédisent un avenir rose : une association, quand les petites Freysse seront mariées, dans dix ans. Ou bien il se trouvera des braves garçons, un voyageur, un caissier, un premier du Louvre, bien contents d'épouser des femmes comme elles. D'ailleurs les affaires marchent. On les augmentera, sans doute. Et Mme Freysse revient toujours à son idée de mariages probables, répétant : « un voyageur, un caissier… »
La religieuse entre. Elle se déclare transie, et approche du feu ses mains couleur de cire. Déjà, malgré la froidure, le mort se décompose, à ce qu'elle dit. M. Freysse va voir.
Les femmes montent auprès d'Henriette. Marceline veut son avis sur la proposition des Freysse.
La petite, éveillée dans son lit de mousseline blanche à faveurs de satin bleu, garde de grosses larmes aux cils. Sa main gracile saillit de la chemise large en fine baptiste brodée. Laiteuse la chambre sous la réfraction de la neige qui, depuis le matin, tombe. L'annonce de la ruine ne la bouleverse pas outre mesure. Son père mort, il lui paraît naturel que tout soit changé. Mme Freysse s'explique longuement, Henriette remercie très contente. Une joie de ses quinze ans avec un peu l'espoir de jouer à la marchande. Et puis la liberté de ces petites ouvrières, si rieuses par les rues, la tente. De plus elle gagnerait de l'argent. Un soudain respect d'elle-même pour cela.
Le défilé des personnes ne cesse pas. Des amis de M. Goubert nantis de mines sinistres et compatissantes, de redingotes neuves. Ils pénètrent sur la pointe du pied. Ils serrent la main de Marceline avec une profonde inclinaison ; puis, un moment, les mains liées aux bords de leurs chapeaux, ils contemplent la figure bouffie du mort. Discrètement ils s'informent de l'heure précise du décès. Quand ils ont jugé suffisante la longueur de la visite, ils saluent et sortent, muettement.
Bientôt ce devient une foule, vers cinq heures, après la Bourse. Tous passent devant Marceline prostrée en sa douleur regrettante. Tous, aux flammes jaunâtres de la chapelle ardente, autour du voile de la religieuse, un instant, s'illuminent. Un flot s'écoule. D'autres, introduits par le domestique en habit noir et ganté de blanc.
Engaînée de deuil à large ruban de taille, ses grands yeux bleus rouges un peu, et sa bouche pâle frémissante de pleurs, Henriette paraît. Des gens l'envisagent et se parlent.
L'air vif du dehors cingle par lames.