Au Louvre. Comptoir de parfumerie.

Elle ne put se décider parmi les flacons casqués de peau blanche et les boîtes en carton rose à plombs sigillaires. L'odeur de musc s'essore des fioles et des étiquettes, des houppes et des sachets. Puis la tête obséquieuse du commis mal rasé et aux dents mauvaises l'occupait toute, empêchant d'induire des préférences. Comme il semble affreux ce pauvre, en jaquette verdie, parmi ces fraîcheurs de cygne, ces blancheurs d'écrins, ces piles de pots luisants et ornementés bleu-ciel. Elle flaire. Son regard butine sur l'une, sur l'autre de ces choses ; elle interroge. Indécise. Maurice la conseille. Il a des raisons péremptoires : « c'est pschutt, ce n'est pas pschutt. »

Mais, seule, elle choisit son trousseau et sa lingerie. Une joie, faire étaler les guipures, les pantalons angulaires, les matinées à jabots de dentelles ; tout lui est trop large. Et, comme il faut se résigner à prendre des hardes de fillette, elle prie Maurice de l'aller attendre dans le fiacre : — il doit être las — afin qu'il ignore la décision. Peut-être l'idée lui prendrait-il de la traiter en petite et de l'aimer moins sérieusement. Car elle redouterait une tutelle encore de cet autre.


Jupe crêmeuse de guipure sur robe havane, col et poignets de velours grenat ; et ce grand parasol écarlate à flots de rubans, à pomme ciselée ; et les bas noirs florés d'argent. Ainsi, de la chambre, sort Henriette transfigurée. Vite elle a descendu l'escalier où froufroutèrent ses seyances neuves. Elle éploie son ombrelle au soleil exorbitant qui violace les trottoirs. Dans les luisances des devantures, elle se mire : des teintes atténuées et profondes qui s'incurvent aux sveltesses de sa taille et se renflent sur le pouf. Et s'envolent au sautillement de la marche les crêmeuses guipures.

Sous les auvents de toile ; la terrasse du café Vachette bondée de jeunes hommes corrects et scrupuleusement semblables de mise, de barbe, de posture. Ils posent près le décor brun et or des boiseries, devant les tables de marbre et la diaprure des apéritifs irisée dans le cristal.

Par-dessus son absinthe Maurice sourit à Henriette :

— Tu es charmante, exquise.

Il lui ploie son ombrelle et commande du madère, pour elle. Les consommateurs voisins se retournent en œillades. Par politesse ils détournent un instant leurs faces curieuses. Très fière Henriette récapitule ses dépenses : cinq cents francs y passèrent sans que Maurice objectât. Cette largesse après la parcimonie de Marceline! Le ressouvenir de sa sœur lui verse la mélancolie et la crainte. Si on envoyait M. Freysse pour la venir reprendre! Et quel chagrin l'aînée dut avoir la nuit, le matin. Mais surtout elle a peur qu'on ne veuille une détermination sévère. Le marchand va se montrer. Elle confie sa terreur à son amant. Mais avec des rires espiègles pour lui laisser croire qu'elle s'en moque.