DOM FERNAND.
Relevez-vous, madame;... vous à mes pieds! ce seroit à moi de tomber aux vôtres, pour vous exprimer le respect qu'impriment vos vertus.
FLORESTAN.
Si vous saviez ce qu'elle a fait pour moi!
DOM FERNAND.
Je sais tout: cet homme vient de m'en instruire. (Il désigne Roc.)
ROC.
Pardon si j'ai paru vous trahir un moment; mais j'nai feint de céder à votre persécuteur que pour vous sauver plus sûrement tous les deux; (à Léonore, en lui remettant le pistolet qu'il lui avoit arraché,) et si j'ai mis tant d'violence à vous arracher cette arme, (d'un ton marqué) c'est que je craignois, en vous la laissant ici, qu'elle n'vous donnât l'envie d'attenter à vos jours. (À Florestan.) Ah! j'avois besoin de les conserver, ces jours précieux, pour me consoler des maux que ce barbare m'a forcé de vous faire endure.... (à Pizare, tirant deux bourse de sa poche.) Tiens, voilà tout l'or que tu m'as fait accepter; j'aimois, je l'avoue, ce vil métal; mais tu m'en as dégoûté pour jamais. (Il jette les deux bourses aux pieds de Pizare.)
DOM FERNAND, à Pizare.
Et vous avez pu abuser à ce point de ma confiance! vous avez pu m'annoncer la mort de cet infortuné, pour accumuler sur sa tête tous les tourmens que peut suggérer la vengeance!.... Ah! que je me repens d'avoir cédé à vos conseils perfides, et que les grands sont à plaindre, quand ils sont mal environnés!... (à Roc.) Détachez les fers de cette victime respectable.... Non, non; donnez-moi les clefs de ses chaîne; si peu méritées (Roc détache de son trousseau plusieurs clefs qu'il remet à Dom Fernand.) C'est à vous, femme rare et magnanime, c'est à vous seul qu'appartient l'honneur de délivrer votre époux.