Marat déifiait déjà les héros des républiques grecque et romaine.
Cependant on peut supposer que Marat se fût borné à des travaux de science et de philosophie, si ces travaux lui avaient rapporté l'honneur et le profit qu'ils méritaient, si les académies ne s'étaient coalisées en quelque sorte pour tenir ses découvertes sous le boisseau, si Voltaire et les encyclopédistes n'avaient pas foudroyé de leurs dédains le livre De l'Homme.
Imprudent Marat, qui avait osé, dans son discours préliminaire, énumérer les philosophes physiologistes sans nommer Voltaire, et qui ne l'avait nommé dans son ouvrage que pour l'accuser de légèreté et d'inconséquence!
Voltaire, âgé alors de plus de 82 ans, se fit journaliste pour répondre à cet adversaire qu'il invitait à se consacrer à ses malades plutôt qu'à la philosophie. Voltaire n'eut pas de peine à mettre l'auteur hors de combat et son livre hors de cause.
Ce livre, qui devait placer Marat entre Lecat et Cabanis, tomba du ridicule dans l'oubli.
Marat n'osa plus s'essayer dans le genre philosophique, il ne publia pas même son roman des Aventures du comte Potowski, composé à cette époque et prêt à paraître. Il se concentra tout entier dans les recherches scientifiques, et il fit imprimer, seulement après la mort de Voltaire, ses belles découvertes sur la lumière et l'optique, sur le feu et sur l'électricité.
Voltaire ne ressuscita pas pour l'attaquer de nouveau, mais Marat trouva dans l'Académie des Sciences une opposition non moins vive et plus compacte que naguère dans la littérature. Il avait délivré aux académiciens tant de brevets d'ignorance, que ce fut un parti pris de nier ses découvertes ou de les passer sous silence.
Tous les efforts de Marat ne réussirent pas à vaincre cette ligue de savants qu'il combattit sans relâche de 1779 à 1785.
Il était redouté depuis trois ans sous le nom d'Ami du Peuple, quand il rappela aux académiciens, ses ennemis, qu'il pouvait se venger, en leur adressant comme un adieu menaçant, en 1791, son pamphlet des Charlatans modernes ou Lettres sur le Charlatanisme académique. Il ne songeait guère alors à reprendre ses expériences de physique!
Mais si l'espace nous manque pour montrer le médecin devenu tout-à-coup grand législateur dans un admirable écrit: la Constitution, qui n'est pas même connu par son titre, l'espace nous manque aussi pour caractériser le talent littéraire de Marat avant la Révolution. Je ne puis, par des citations choisies même dans ses œuvres scientifiques, prouver que son style se modelait souvent sur celui de Rousseau, et que le but qu'il s'est proposé sans cesse a été d'imiter l'auteur d'Émile et de la Nouvelle Héloïse.