C'est le sublime Rousseau qu'il invoque dans la péroraison du deuxième volume du traité De l'Homme, ce qui fit dire à Voltaire: «Il est plaisant qu'un médecin cite deux romans, au lieu de citer Boerhave et Hippocrate.»
Voltaire ignorait que ce médecin avait lui-même un roman en portefeuille, un roman de sentiment, un roman d'amour, auquel il eût pu mettre cette épigraphe tirée de son livre de philosophie: «L'amant sensuel ne peut se passer de jouissance, le véritable amant ne peut se passer de cœur.» Fabre d'Églantine donne à Marat un certificat de sensibilité; il connaissait sans doute les Aventures du comte Potowsky.
C'est donc avec raison que le citoyen Morel, capitaine au premier bataillon du Jura, s'écrie dans son Éloge funèbre de Marat: «Comme Jésus, Marat fut extrêmement sensible et humain; il avait l'âme sublime de Rousseau!»
Vienne maintenant quelque citoyen critique, qui fasse le parallèle impartial des Aventures du comte Potowsky et de la Nouvelle Héloïse, et qui rende enfin à Marat ce qui est à Marat, comme Jésus rendait à César ce qui est à César.
PAUL L. JACOB, bibliophile.
LES AVENTURES
DU
JEUNE COMTE POTOWSKI.
I.
GUSTAVE POTOWSKI A SIGISMOND PANIN.
A Pinsk en Polésie.
Quitte ces assemblées tumultueuses, ces bruyants plaisirs, ces concerts, ces danses, ces fêtes et tous ces jeux auxquels tu as recours pour charmer ton ennui. Il est pour un cœur sensible, pour toi, cher Panin, une source de joie plus pure. Veux-tu la connaître, viens vers ton ami, et contemple son bonheur.
Quand la félicité daigne descendre sur la terre pour visiter les mortels, elle cherche, et ne trouve que le sein des amants où elle puisse se reposer. Elle se plaît avec deux cœurs unis, appuyés l'un sur l'autre, et endormis ensemble dans une paix voluptueuse.