Il y a sûrement ici du mystère, m'écriai-je. C'est une trame que Lucile me cache. Lucile infidèle! O ciel! Lucile, l'innocence même, la candeur, l'ingénuité. Non, non, cela n'est pas possible… et cependant cela n'est que trop assuré; autrement, pourquoi ce silence? Qui pourrait l'avoir déterminée à me cacher ce qui se passe? Peut-être est-elle piquée encore? Ah, que ne puis-je le croire!… Mais si ce n'était que pique, les soumissions que je lui ai faites l'eussent désarmée; elle n'eût pu tenir si longtemps contre mes soupirs et mes regrets. A la vue des marques de mon repentir, elle eût pris pitié de moi, et m'eût rendu son amour. Mais non: depuis qu'elle a vu ce nouveau venu, elle m'évite, elle refuse de m'entendre, elle me rebute et s'efforce de me congédier. Hélas! je le vois trop: elle voudrait m'éloigner pour se livrer en liberté à celui qu'elle me préfère. Ah! je suis trahi, je n'en puis douter.

Emporté par mon ressentiment, j'éclatais en plaintes amères, et je cherchais à voir ma dissimulée maîtresse pour l'accabler de reproches avant de lui dire adieu.

En descendant l'escalier, je trouvai sa femme de chambre.

«Où est Lucile?

«—A se promener dans le jardin avec la comtesse.»

J'y courus.

Chemin faisant, la réflexion vint à mon secours.

Pourquoi tant de précipitation? me suis-je dit. Peut-être je m'alarme d'une chimère. Voyons du moins si elle est coupable; car s'il arrivait qu'elle fût innocente, comment réparer jamais l'injure que je lui aurais faite?

Dans cet instant, je l'aperçus.

Elle ne se douta pas de ce qui s'était passé. Je m'avance à sa rencontre et l'aborde en dissimulant mon chagrin. Elle me témoigne plus de froideur que jamais.

«C'en est fait, disais-je en moi-même, elle a tourné vers mon rival ses vœux, et ne veut plus écouter les miens.»