Tandis que j'étais en proie à ces affligeantes pensées, son bandage se dérangea, il perdit beaucoup de sang, et ses yeux se couvrirent une seconde fois des ombres de la mort.
—Il expire! s'écria celui de ses gens qui était à lui soutenir la tête.
Arraché par ce cri à mes sombres rêveries, j'abaisse la vue sur ce corps pâle et immobile: Je le crus sans vie. Dans l'excès de ma douleur, je me jetai sur lui.
Je ne sais ce que je devins alors, mais je me suis réveillé dans mon appartement. Peu après on est venu m'apprendre que la blessure du nonce de Mazovie (c'est le titre de mon rival) n'était pas dangereuse. Cette nouvelle m'a un peu tranquillisé.
A présent mon agitation est moins cruelle; mais je ne puis me défendre d'une noire mélancolie, et tu penses bien quel peut en être l'objet.
Tu t'impatientes sans doute du récit de mes infortunes.
Il me semble te voir jeter ma lettre sur ta table, en levant les épaules, et t'entendre dire d'un ton de pitié: Pourquoi me remplir la tête de ses folies et de ses plaintes? Que ne fait-il comme moi.
Patience, cher Panin. Il y a temps pour tout. Avant de prendre congé de l'amour, il t'a fait passer plus d'un mauvais moment. Tu étais bien aise alors de verser tes chagrins dans le sein d'un ami. Ne trouve donc pas mauvais que je fasse de même.
De Varsovie, le 27 juin 1769.