A Pinsk.

Tu as pris plaisir sans doute à alarmer mon amour, et à me tenir sur les épines. Si ta lettre fût venue plutôt, elle m'eût fait une terrible peur: mais tu ne jouiras pas de ta méchanceté.

Comme je m'abusai sur le compte de Lucile!

Ce que je prenais pour intrigue n'était que ressentiment, que dépit simulé. Humiliée de mes attentions pour cette coquette, son âme sensible s'est trouvée exposée aux premières atteintes de la jalousie et sa délicatesse blessée ne lui a pas permis de chercher aucune explication, ni même de me laisser entrevoir son chagrin.

Après ce qui s'était passé, je brûlais d'envie de voir Lucile; et cependant j'avais peine à m'y rendre. J'aurais fort souhaité que quelqu'un m'eût épargné l'embarras d'une explication avec elle.

Tandis que j'étais ainsi en suspens, la raison prit enfin le dessus.

—Quoi donc, me suis-je dit, la mauvaise honte m'arrête? Je n'ai pas craint d'affliger Lucile si mal à propos, craindrai-je d'adoucir le coup cruel que je lui ai porté? Ah! quand l'amour n'attendrait pas de moi cette démarche, je la dois à la justice.»

Honteux de ma faute, et pénétré de regret, je me rends chez le comte Sobieski. Ils avaient déjà eu vent de mon affaire.

Je me fais annoncer.

A peine étais-je au haut de l'escalier, que la porte s'ouvre, mon cœur palpite: Lucile paraît.