—Marat a été aimé par une femme! m'écriai-je.
—Assurément, dit Aimé-Martin; celui qui a répandu son cœur dans ce roman, était inspiré par une passion véritable, comme Rousseau composant la Nouvelle Héloïse.
—Voilà de quoi réhabiliter Marat, repris-je; malheureusement on n'y croira pas.
—Oui, si le manuscrit autographe n'était pas là, si l'on n'avait pas d'ailleurs le traité De l'Homme, rempli de tableaux voluptueux et d'images gracieuses.
—En vérité, vous me donnez goût à étudier votre Marat, et s'il se peut faire, nous lui rendrons la place qui lui appartient parmi les philosophes et les écrivains français.
Je me mis à l'œuvre, et je commençai par lire le roman posthume que me confia Aimé-Martin: je crus relire la Nouvelle Héloïse, et par intervalles, à ma grande surprise, les Amours du chevalier de Faublas. Je compris alors comment Marat, après sa métempsychose, gardait tant de haine contre Louvet: c'était sans doute jalousie de métier.
Je fus donc amené sans répugnance à rechercher et à lire tous les ouvrages du premier Marat, et j'y trouvai, comme Aimé-Martin me l'avait annoncé, le savant profond et hardi, le philosophe sagace et intelligent, le moraliste sensible et passionné, l'écrivain pittoresque, assez élégant, mais peu correct; enfin, ce que Nodier ni Aimé-Martin n'eussent pas reconnu, le législateur sage et humain.
Ce sont ces découvertes assez inattendues que je voudrais démontrer au plus incrédule, en publiant pour la première fois ce roman inédit, qui, quoique signé par Marat, ne serait peut-être pas désavoué par l'auteur de la Nouvelle Héloïse.
La jeunesse de Marat s'est passée dans l'étude et la méditation.
«Il paraît, dit Fabre d'Églantine dans le Portrait de Marat, que les premières années de sa vie se sont écoulées à la campagne ou dans les lieux simples et retirés: c'est là que la bonté de son naturel s'était développée et consolidée par l'aspect de la nature et des hommes les plus rapprochés d'elle et par l'influence d'un état de mœurs simples et paisibles.»