Je ne veux pas non plus justifier l'impératrice d'avoir forcé les suffrages des électeurs et fait tomber le choix sur une de ses créatures. Mais Poniatowski en vaut bien un autre, de l'aveu même de ses ennemis. Il est plus instruit que les nobles ne le sont généralement parmi nous; il est moins ami de la crapule; il est d'un naturel doux, humain, généreux, et il aime les arts et la paix. Ceux qui s'élèvent contre lui et qui voudraient lui arracher sa couronne, auraient-ils choisi mieux? Est-ce la vertu qui décide des voix à la diète? N'est-ce pas, au contraire, le crédit et la force.
On voit les membres de ces honteuses assemblées traiter des affaires d'État, glaive en main; on y voit les plus intrigants et les plus accrédités proposer ce qui leur plaît, et le plus fort arracher au plus faible son consentement.
Les mécontents, qui travaillaient à exciter des soulèvements dans l'État, eurent recours au prétexte obscur de la religion et projetèrent d'envelopper le monarque dans la destruction de leurs ennemis. Ils mirent donc en jeu les prêtres, toujours prêts à enflammer les esprits au nom du Dieu de paix. Bientôt le fanatisme représenta les malheureux dissidents comme les ennemis de la divinité. On refusa à ces sectaires l'entrée aux diètes, l'admission aux délibérations nationales et les autres droits de citoyens.
Opprimés dans leur patrie, ils eurent recours à leur protectrice, qui sollicita vivement la république de les rétablir dans leurs droits. Ces sollicitations ne furent point écoutées. Dans l'espoir de briser leurs chaînes les dissidents formèrent une confédération. L'impératrice les prit sous sa protection, mais elle invita en même temps les nobles Polonais de s'assembler extraordinairement pour remédier aux désordres de l'État.
Aussitôt il se forma des confédérations particulières, et afin d'obvier aux malheurs de l'anarchie, ces confédérations se réunirent en une seule, qui demanda le rétablissement de l'ordre public à une diète protégée par la Russie.
La diète s'étant assemblée, l'impératrice y fit proposer d'entretenir perpétuellement en Pologne un corps auxiliaire de troupes russes pour le maintien de la tranquillité publique.
Quelques sénateurs frondèrent contre cette proposition. Dans les diètines, ils ne cessaient d'enflammer les esprits. L'ambassadeur de cette princesse à notre cour, qui éclairait leurs démarches, les fit arrêter de nuit.
A l'instant les factieux, pensant qu'il n'y avait point de temps à perdre, sonnèrent l'alarme et se soulevèrent de toute part. Chaque jour on entendait parler de quelque nouvelle conjuration. Enfin, on vit de tous côtés les mécontents prendre les armes, porter le fer et le feu dans les entrailles de leur patrie et commettre les plus horribles excès.
Voilà l'ouvrage de ces factieux qui se parent du beau titre de patriotes. Ah! si les dieux sont justes, ils ne doivent attendre de leur inique entreprise que la mort ou la honte d'être vaincus, la misère et les fers.
Pourquoi faut-il que mon père se soit enrôlé dans leur parti!