«Marat, adonné au plus crapuleux libertinage, avait pour déesse une de ces femmes vendeuses de voluptés, et qu'une loi sage ne peut avouer pour épouse légitime sans autoriser la subversion du corps social… Est-il vrai que Marat ait été marié? Est-il mort dans le concubinage? S'il était marié, que d'outrages faits à la foi conjugale!»
Marat n'était pas marié, mais il avait une maîtresse qui vivait maritalement avec lui, à l'époque de son assassinat.
Cette audacieuse maîtresse, que Marat ne s'est pas contenté de peindre en buste dans le roman des Aventures du jeune comte Potowsky, était devenue ce que deviennent toutes choses en vieillissant, décrépite et enlaidie; elle n'en était que plus attachée à Marat, qu'elle admirait autant qu'elle l'avait aimé et dont elle osait quelquefois s'approprier le redoutable nom.
Ce fut en signant femme Marat, qu'elle écrivit au baron de B… (Besenval), qui avait pris la défense de Necker, dénoncé par Marat au tribunal du public: «On peut vous mettre au nombre de ces petits roquets qui, ne pouvant plus aboyer par vieillesse, toussent, toussent, pour donner des preuves de leur existence.»
Le baron répondit en baron, très-poliment, en se félicitant de ce que son petit livre lui avait valu l'honneur de recevoir une lettre de madame Marat. Il ajouta pourtant en post-scriptum: «Quelques-uns de mes amis m'ont voulu soutenir que M. Marat n'était point marié… Qu'il ait une femme à lui ou à un autre, qui ait le droit de prendre son nom, ou qui ne fasse qu'en emprunter le droit, cela m'est égal.»
Cette femme, qui écrivait par la petite poste à un baron, ne savait pas lire, si l'on en croit Vincent Formaleoni, canonnier de Paris, auteur anonyme d'un Éloge de Jean-Paul Marat.
Ce Vincent Formaleoni nous apprend que Marat, décrété d'accusation et de prise de corps, poursuivi par les gardes nationaux du général Lafayette, ne dut sa liberté et son salut qu'au dévoûment d'une femme généreuse et sensible.
Est-ce la même qui s'intitula veuve Marat, quand l'Ami du Peuple ne fut plus là pour l'envelopper d'ombre et de mystère, et qui obtint sous ce titre une pension civique qu'elle dut moins à ses droits qu'à la munificence de l'Assemblée nationale?
«Enthousiaste de la liberté, dit Formaleoni, la femme forte avait conçu la plus haute idée des vertus de Marat. Une noble passion succéda aux sentiments de l'estime… L'hospitalité et l'amour furent assez ingénieux pour dérober Jean-Paul Marat aux poursuites de ses persécuteurs.»
On m'assure que l'amour et l'hospitalité représentent deux femmes qui étaient d'intelligence pour sauver Marat: mademoiselle Fleury, du Théâtre-Français, sous le nom de l'Hospitalité, et l'héroïne du roman, sous le nom de l'Amour.