Si sa puissance n'est qu'enflée, sa grandeur n'est que précaire. Elle dépend des nombreuses armées qu'il tient toujours sur pied, et pour le maintien desquelles il est obligé de tendre toutes ses cordes; ce qui ne fait jamais qu'un état violent, et conséquemment de peu de durée.
Tant qu'il sera redoutable à ses ennemis, il conservera ses conquêtes; mais dès qu'ils cesseront de le craindre, il se les verra enlevées à son tour. S'il cesse même une fois d'y avoir sur son trône un grand capitaine, on verra bientôt tomber cette puissance qu'on admire. Ce n'est déjà plus en apparence que les tristes restes d'une grandeur qui menace ruine, car celui qui doit lui succéder ne promet (dit-on) pas beaucoup. Qui sait si nous ne vivrons pas assez pour le voir devenir lui-même simple petit électeur de Brandebourg?
Or, préférer ainsi le clinquant au solide n'annonce pas des talents bien rares. Qu'en pensez-vous?
MOI.
J'en conviens.
LUI.
Ses malheureux sujets ont beaucoup à souffrir de sa folle ambition; mais il n'est pas trop heureux lui-même, et cela console un peu. Il se montre rarement; seul, triste, rêveur, au fond de son palais, il s'agite jour et nuit, car il ne songe sans cesse qu'à acquérir, et il tremble sans cesse de perdre. Ainsi, les dieux pour le confondre, le privent des douceurs du repos. Il y a quelques années qu'il ne pensait qu'à s'emparer de quelques-unes de vos belles provinces.
Tandis qu'il parlait:
—C'est bien là mon homme, disais-je tout bas.
Il se fit un moment de pause.