Puis, je repris ainsi:

—Vous m'avez parlé du roi de Prusse; dites-moi à présent, je vous prie, quelque chose de l'empereur.

LUI.

Certes, il est difficile de vous satisfaire. C'est un jeune homme encore. Je ne sais s'il est habile, mais jusqu'ici on n'a point vu de son eau. Il n'est guère connu que par son invasion de la Pologne, et je vous avouerai que, de vos honnêtes voisins, c'est, à mon avis, le moins malhonnête.

Voisin lui-même d'un prince avide de s'agrandir aux dépens de qui que ce soit, et qui ne connaît d'autre règle de conduite que son intérêt, il fallait bien prendre parti et empêcher les deux autres de se partager le gâteau entre eux seuls.

En continuation.

Quand il eut fini, je sentis confirmer ses conjectures, et augmenter mes craintes.

Tous les pressentiments que j'avais lorsque mon père m'obligea de prendre parti vinrent se retracer à ma pensée.

Que n'étions-nous sages! disais-je tout bas. Nous avons allumé une guerre injuste, et à force d'atrocités nous avons réduit nos ennemis à ne plus chercher leur salut que dans notre ruine. Dans l'impossibilité de s'en fier à nous, les dissidents ont recours à leur protectrice; elle a pris parti pour eux. De notre côté, nous avons imploré le secours du Turc. Cependant, des voisins ambitieux, profitant de de nos divisions, s'avancent pour nous dépouiller.

Je fus quelque temps plongé dans ces tristes réflexions. A la fin, j'en sortis; et pour lui cacher l'impression qu'elles avaient faite sur moi, je renouai la conversation.