Le lendemain je l'y trouvai encore. Il paraissait plus triste que le jour précédent. Son air, sa figure, son âge, tout en lui m'intéressait.
Comme il se promenait dans une allée proche de celle où j'étais, au lieu de revenir sur mes pas selon ma coutume, je passai de son côté; et quand il vint à tourner, nous nous trouvâmes face à face.
—Je croyais être seul dans ces bois, lui dis-je en l'abordant, et ne m'attendais guères d'y trouver un camarade.
—La solitude a pour moi des charmes, répondit-il; et ces lieux me plairaient davantage encore, s'ils étaient plus sombres.
—Voilà un étrange goût.
—Cela peut être: mais il faut que le cœur soit joyeux pour aimer les endroits riants, et vous-mêmes ne paraissez pas vous déplaire sous ce lugubre feuillage.
A ces mots je poussai un soupir: il soupira pareillement, et nous marchâmes un moment en silence.
Je désirais fort savoir le sujet de sa tristesse, mais je n'osais le lui demander. J'attendais pour renouer l'entretien qu'il ouvrît la bouche, et il continuait à ne dire mot.
Enfin après avoir vainement cherché quelque lieu commun pour entamer le propos, je me livrai à mon ingénuité.
—Les malheureux, repris-je, sympathisent ordinairement entr'eux. Vous l'avouerai-je, je crois que nous le sommes l'un et l'autre.
—Hélas, il est bien difficile d'être heureux, quand on n'est pas son maître. Si je n'avais eu à consulter que mon goût, on ne me verrait point passer ma vie sous une tente, au milieu de gens que je n'aime guère.
—Que dites vous là? c'est précisément le cas où je me trouve.
Dès ce moment la confiance commença à naître entre nous.
Je lui demandai comment il avait pris parti parmi les confédérés.
Après m'avoir fait son histoire, il m'adressa à son tour la même question.