Quand je lui eus fait la mienne, il me demanda si je comptais finir la campagne; je lui communiquai l'intention où j'étais de me retirer; puis nous continuâmes à nous entretenir de choses et d'autres.

Avant de nous séparer, je lui fis promettre de se retrouver le lendemain au même endroit et à la même heure.

Il n'y manqua pas.

Après les compliments ordinaires, il débuta par me dire qu'il ne croyait pas avoir longtemps le plaisir de jouir de ma compagnie, qu'il venait de recevoir l'ordre de se rendre sur les terres d'un proche parent dont il était l'unique héritier; que ces terres se trouvaient sur ma route, et qu'en me rendant à Varsovie il espérait que je lui ferais l'honneur d'y passer pour renouveler notre amitié; il ajouta que si je voulais m'y reposer quelques jours, il tâcherait de me procurer tous les agréments qui dépendraient de lui.

Je le remerciai, et nous parlâmes ensuite des affaires nationales, dont il me parut assez peu instruit.

Ce soir même, je reçus avis de mon père qu'il était allé avec mon oncle au château de Palak; que de là, il s'acheminerait vers Varsovie; que je devais prendre les devants avec un domestique, et qu'il se chargeait du soin des équipages.

Dès que je revis mon jeune homme, je n'eus rien de plus pressé que de lui faire part de cette nouvelle. Il me renouvela ses instances, me fit promettre que nous partirions ensemble, et nous fixâmes le jour du départ au lendemain.

Pendant la route, mon compagnon paraissait chaque jour moins triste; et comme je continuais à l'être également, il cherchait à m'égayer.

Au bout de quatre jours de marche, nous arrivâmes.

L'intendant nous reçut et nous apprit que le maître du logis était allé quelque part aux environs, mais qu'il serait de retour dans la soirée.