Nous avions dîné en chemin, et comme l'heure du souper était encore éloignée, on servit quelques rafraîchissements, surtout des vins exquis. Mon compagnon paraissait fort gai et il aurait bien voulu me voir partager sa bonne humeur. Je soupirais.

—Eh bien! toujours vos anciennes amours en tête? me dit-il en me frappant doucement sur l'épaule. Pourquoi vous affliger ainsi? Une maîtresse est une perte facile à réparer. Les bonnes fortunes pleuvent à un cavalier de votre âge et de votre figure: les conquêtes ne sauraient vous manquer. Croyez-moi, laissez-là le triste souvenir d'un objet qui n'est plus, et noyez vos chagrins dans un verre de vin. Celui-ci n'est pas mauvais, ajouta-t-il en remplissant mon verre.

Après divers autres propos badins, il me pressa d'aller prendre un peu de repos en attendant l'arrivée de son parent; il m'accompagna dans une chambre et se retira.

La chambre était richement meublée.

Je jetai un coup-d'œil sur les tableaux et je fus surpris de n'y trouver que des sujets agréables, et même la plupart voluptueux, tels que l'Aurore venant sur un nuage doré trouver Andimion; Vénus folâtrant avec son beau berger sur un lit de fleurs; Mars caressant la déesse; l'Amour endormi sur le sein de Psyché, etc.

Je vis quelques livres superbement reliés sur une table; j'eus la curiosité d'y porter la main, et ma surprise fut plus grande encore: c'était l'Art d'aimer d'Ovide, une traduction française de l'Énéïde, et l'Adone de Marini.

—Tout ceci est bien fait pour égayer son monde, disais-je en moi-même; mais qu'il convient mal à l'état de mon âme!

Je me jetai ensuite sur un lit, toujours rêvant à mes malheurs.

Je commençais à m'assoupir, lorsqu'on vint m'appeler pour souper. Je descends.

En entrant dans la salle, je fus ébloui par la multitude des flambeaux et l'éclat de l'or qui brillait de toute part. Je sentais une odeur d'ambroisie et je vis une table servie avec magnificence.