A peine avais-je fait quelques pas, que j'aperçus une jolie femme reposant mollement sur un sopha. Sa parure était légère et à demi-transparente. Elle déployait ses grâces avec art et me souriait amoureusement. Je témoignai quelque surprise. Elle se mit à rire, et me dit d'un ton de voix enchanteur:

—Approchez, approchez, ne craignez rien; vous voyez votre compagnon de voyage.

En prononçant ces mots, la volupté souriait sur ses lèvres, l'amour brillait dans ses yeux, mille attraits semblaient éclore sur ses belles joues, elle laissait entrevoir des charmes à demi-voilés et paraissait vouloir m'inviter.

Je ne pouvais revenir de mon étonnement. Comme j'étais immobile, elle prononça le mot Gustave.

A l'instant je m'approche, je la fixe avec plus d'attention et reconnais Sophie.

—Ciel! m'écriai-je, est-ce un enchantement? Je n'ose en croire mes yeux. Vous, Sophie? Que veut dire ceci? Sous quel habit vous êtes-vous d'abord offerte à ma vue? Pourquoi ce déguisement?

—C'est un mystère que je ne puis vous éclaircir à présent. Comme vous je suis malheureuse et n'ai pas moins à me plaindre du sort: mais vous seul, cher Gustave…

En finissant ces mots, elle baissa les yeux et la voix expira sur ses lèvres.

—Que vouliez-vous dire par ce mais vous seul?

Elle hésita un instant, puis elle reprit:

—Pourquoi faut-il que j'en dise davantage? Vous devriez me comprendre.

Ces mots furent suivis d'un soupir.

—Daignez vous expliquer, madame.

—Mon cœur est opprimé d'un poids accablant; vous seul, cher Gustave, pourriez… Hélas! je le vois bien, mes maux sont tels que je serai peut-être condamnée à ne les révéler jamais!