—Non, ce n'est point une ombre, c'est ton amant, Lucile, lui criais-je en la pressant contre mon cœur.

Pâle, tremblante et respirant à peine, elle poussait de profonds soupirs, et me regardait d'un œil étonné.

—Ne reconnais-tu pas ton amant, ma Lucile?

Elle veut parler, mais elle ne trouve point de mots.

Peu à peu son teint s'anime, sa poitrine se relève, la respiration se dégage, sa langue se délie, ses yeux se remplissent de larmes; elle prononce quelques paroles: mais les sanglots étouffent sa voix.

Tous deux nous perdons l'usage de nos sens, nos bras s'entrelacent, nos larmes se confondent, nos cœurs se pressent, et ce n'est qu'en se serrant plus étroitement qu'ils se répondent l'un à l'autre.

Eh! qui pourrait exprimer les transports de deux cœurs sensibles qui après avoir longtemps gémi d'une séparation cruelle, se trouvent réunis de nouveau?

Longtemps nos larmes furent les seules expressions de notre joie et de notre amour.

Lorsque les pleurs lui eurent rendu l'usage de la parole:

—Cher Gustave! dit-elle, quoi! vous n'êtes pas mort? Depuis deux mois je pleurais votre perte.

—Hélas! j'ai aussi pleuré la tienne, ma chère Lucile; mais, grâce au ciel, sans raison, puisque je te tiens pleine de vie entre mes bras.