Et, dans les transports de ma joie, je ne cessai de la couvrir de baisers.

—Est-ce un songe?

—Non, ce n'est point un songe, c'est l'ouvrage des méchants.

—Que voulez-vous dire? Expliquez-moi cette énigme.

L'agitation où je me trouvais était si grande que je ne pouvais parler.

Les larmes coulaient en abondance de mes yeux; je sentais un frissonnement courir de veine en veine; ma voix était étouffée et mon visage tout en feu.

Après ces premiers mouvements de la nature, mon esprit devint plus tranquille, et je lui racontai ce qui venait de m'arriver avec Sophie.

—Cruelle amie! s'écriait souvent Lucile pendant mon récit, faut-il que j'aie à te reprocher mon malheur.

Elle me raconta à son tour de quelle manière elle avait appris ma prétendue mort.

—Ah! Gustave, poursuivit-elle, comment te peindre la situation de mon âme à cette nouvelle? Elle était inexprimable. Longtemps je fus en proie à de mortelles angoisses, les forces m'abandonnèrent enfin, et je tombai dans une douleur stupide. Là (et elle pointait du doigt le château), là, chaque jour j'arrosais tes cendres de mes larmes, et c'est ici où je venais quelquefois ensevelir ma tristesse, en attendant que la mort me réunît à toi.

En prononçant ces mots, elle me fixait d'un air languissant; et comme elle vit que les pleurs remplissaient de nouveau mes yeux.

—Je ne cherche point à t'attendrir, continua-t-elle avec un triste sourire. Mes malheurs sont finis puisque je te possède encore.