La douce satisfaction qui éclatait dans ses yeux passa dans mon âme; je la serrai dans mes bras, et la couvris de baisers une seconde fois.
Après m'être livré aux transports de ma joie:
—Allons, dis-je à Lucile, allons nous reposer dans quelque cabane voisine et oublier les chagrins que nous ont causés les méchants.
—Cela ne se peut, répondit Lucile. Il y a longtemps que je suis absente du logis: dès-lors ma mère doit être arrivée; je crains qu'on ne soit déjà en peine sur mon compte. Si je tardais davantage à me rendre, je les jetterais dans de cruelles inquiétudes.
Ne pouvant la conduire avec moi, je voulais la suivre; elle s'y opposa aussi, en me donnant pour raison que cela aurait mauvaise grâce de lui voir conduire son amant sous le même toit.
Je voulais la retenir plus longtemps, elle ne voulait pas y consentir non plus.
Elle m'accorda toutefois encore quelques moments. Je les employai à continuer à lui ouvrir mon cœur; mais il était si plein, j'avais tant de choses à lui dire que je ne savais par où commencer; je me contentai de la plus importante, je lui appris l'heureux changement qui était arrivé dans la façon de penser de mon père, et son dessein d'abandonner le parti des confédérés.
Lorsque j'eus fini, elle me pressa instamment de lui permettre de se retirer. Je ne pus résister à ses instances.
—Allez, cher Gustave, me dit-elle en prenant congé, allez chercher un refuge quelque part aux environs, et rendez-vous demain matin sous ces arbres; j'ai mille choses à vous dire, et probablement je vous en apprendrai qui vous étonneront.
Je l'embrassai, et elle se retira avec sa compagne qui, durant notre entretien, avait ouvert de grands yeux.
Je la suivis de l'œil aussi loin qu'il me fut possible; puis j'allai rejoindre mon domestique qui, las de m'attendre, s'était endormi sur l'herbe.