Nous allâmes retrouver mon ancien asile. Le bonhomme témoigna beaucoup de plaisir à me revoir.

J'étais transporté de joie, mille douces pensées s'offraient tour-à-tour à mon esprit agité. Le sommeil ne vint pas longtemps les interrompre. Je passai presque toute la nuit à attendre le jour.

Dès qu'il commença à poindre, je sentis ma joie augmenter, puis je comptais avec impatience les instants, et maudissais l'heure tardive. Elle approche enfin.

Je me rends au lieu indiqué.

Après avoir un peu attendu, je vis arriver trois femmes suivies de deux domestiques. Je reconnus de loin Lucile, je vole à sa rencontre, je la joins, je ne vois qu'elle, je me jette à son cou.

Tandis que je la serrais dans mes bras:

—Voilà qui va bien, disait d'un ton de voix fort doux une personne près de moi; je me retourne: c'est la comtesse Sobieska.

—Ah! madame.

—Ah! Gustave. Je n'aurais pas attendu à aujourd'hui à vous voir, continua-t-elle en m'embrassant, si nous avions su où vous avez pris un asile la nuit dernière. Cher Potowski, que vous avez causé de chagrins, que vous avez fait verser de larmes! venez maintenant les essuyer.

Ensuite elle me présenta à sa sœur.

—Voilà, lui dit-elle, un ami de la maison; il est survenu quelque refroidissement entre le père et mon mari; mais le fils n'a jamais cessé de nous être cher. Je me flatte qu'il ne sera pas moins bien venu dans votre maison que dans la mienne.

Alors la maîtresse du château m'y offrit un lit, et me demanda de ne point chercher d'autre demeure pendant le temps que je voudrais bien séjourner dans ces quartiers; puis ces dames toutes trois m'emmenèrent.