Fâchée de voir que j'y officiais si mal, la dame du logis me pressa de goûter de divers mets. Je m'excusai sur un manque d'appétit.

—Si ce n'est que cela, reprit-elle à l'instant, j'ai une excellente recette. Lucile, servez quelque chose à monsieur.

Je ne sais, mais sa recette fit merveille.

De la main de Lucile, peut-on refuser quelque chose? Ces petits pieds qu'elle a touchés, qu'ils doivent être délicieux! Je commençai à en porter une aile à ma bouche, puis une cuisse, puis tout le reste disparut. Elle me servit d'un autre plat, et mon estomac fut également complaisant.

Cela fournit matière à quelques plaisanteries dont ma belle n'était pas fâchée. Comme elle avait tout aussi peu d'appétit que j'en avais eu d'abord, je voulus me servir à son égard du même secret, et la bonne fille, pour ne pas le mettre à discrédit, s'efforça un peu de manger.

Les plaisanteries recommencèrent; la gaîté régna pendant le repas, et pour la première fois depuis si longtemps, les ris vinrent se placer sur mes lèvres.

On prit le café dans le jardin, puis l'on se mit à se promener. Après avoir traversé la cour de derrière pour passer dans le parc, nous nous trouvâmes près le mur du sanctuaire où la belle pleureuse avait sacrifié aux mânes de son amant.

Soudain un frissonnement me saisit. La comtesse, à qui je donnais le bras, s'en aperçut.

—Qu'avez-vous donc, Gustave?

Je ne répondis rien. Elle me vit pâlir.