—Il lui prend mal! s'écria-t-elle. Lucile, vite votre flacon d'eau de senteur!

La nièce et la tante accoururent aussitôt.

Je pouvais à peine me soutenir; je fis quelques pas, et elles m'aidèrent à m'asseoir sur la même pierre qui m'avait servi de marche-pied. Elles m'entouraient toutes trois. Déjà les esprits du flacon avaient un peu ranimé mes forces.

—Assurément, dis-je, cet endroit m'est funeste; il n'y a pas six semaines que je faillis d'y perdre la vie.

—Plaisantez-vous! s'écrièrent-elles à l'instant.

Je leur fis le récit de mon aventure. Elles ouvraient de grands yeux.

Quand j'eus fini, la tante, qui a toujours quelques bons mots sur les lèvres, me dit d'un ton badin:

—Vous assistâtes à votre oraison funèbre, monsieur: il n'y avait pas de quoi se trouver si mal; je voudrais bien, moi, assister toujours à la mienne.

Son badinage ne me plaisait pas; il ne plaisait pas davantage à Lucile; nous nous regardions tous les deux en silence d'un œil attendri.

La comtesse qui observait notre triste contenance, me dit à son tour:

—En venant, j'avais dessein, Gustave, de vous faire voir les amusements de ma fille, mais puisque vous les avez déjà vus, et que d'ailleurs vous êtes si susceptible, je n'en ferai rien.