Je la pressai fort de ne pas changer de dessein.

—Hé bien! soit. Vous viendrez aussi, Lucile.

—Ma mère, je vous prie de m'en dispenser.

—Allons, allons, ne faites pas l'enfant.

Nous avançons vers ce sombre asile où dormaient tant de morts. Nous voilà au milieu des tombeaux. Je m'approche avec Lucile de mon urne sépulcrale, qui était encore couronnée de fleurs. A cette vue, j'éprouvai un saisissement inexprimable.

—Aurais-tu pensé, mon ange, lui dis-je tout bas, quand tu déplorais ici la perte de ton amant, qu'il eût entendu tes soupirs? Tu le revois maintenant plein de vie, et n'aspirant qu'au bonheur de te consoler.

Mes regards étaient attachés sur elle; en voyant les roses de la jeunesse fanées sur ses belles joues et le feu de ses yeux presque éteint, je me laissai aller à une douce rêverie.

—En quel état l'amour l'a réduite! me disais-je. La chère âme, plutôt que de t'oublier, voulait être victime de sa tendresse. Heureux Gustave, comme tu es aimé!

Ces réflexions m'émurent jusqu'au fond du cœur. J'étais attendri. En levant la tête, je rencontrai les yeux de Lucile: ils étaient mouillés.

—Ha! ma Lucile, m'écriai-je en l'embrassant, laisse-moi, laisse-moi recueillir tes larmes et reçois les miennes dans ton sein.

—Hé bien! les voilà à faire les enfants, dit sa mère qui nous observait. Éloignons-nous de ce triste endroit, où l'on ne sait que gémir.

Et elle nous emmena.

Le reste de la journée se passa assez gaîment.