—Elle va s'en aller sans que j'aie réalisé ma vengeance?... Ah! mais non!
Mille projets lui traversèrent le cerveau. Oui, il creuserait des fondrières dans le chemin de la forêt; ou il coucherait des arbres en travers, des arbres dans lesquels s'empêtreraient les chevaux et la voiture. Et elle manquerait le train! Et ce serait bien fait!
—Diou biban!... elle s'en irait comme ça?
D'abord il ne daigna plus lui parler, quand il la rencontra. Ça lui apprendrait! Et justement elle venait toujours seule depuis quelques jours.
Mais Emile passait, fier. Et elle ne vint plus.
—Elle va m'échapper! pensa le petit-fils de Yan.
Il maigrit. Cette vengeance était sa seule préoccupation. Dans ses rêves,
il faisait sauter le château de la Taulade avec de la dynamite. Et il voyait Mlle Florence éclater en tout menus morceaux. Ce bon cauchemar le faisait crier de joie.
Le 15 avril approchait. La campagne était en enchantement; les arbres fleurissaient, les prés se piquaient de camomilles; les oiseaux amoureux chantaient des madrigaux au soleil. Emile ne pensait qu'au départ de Mlle Brion; il comptait les jours sur son almanach, les jours et les heures.
—Enfin, se disait-il, en roulant des yeux éperdus, dans 12,735 minutes j'en serai débarrassé!