—Voyons, papa! lui disait Emile en le poussant dans un coin. Figurez-vous que nous sommes à lundi prochain. M. Brion est devant vous, sa fille est à votre droite, je suis à votre gauche, le domestique verse du champagne: que faites-vous?

Et Yan, qui ouvrait de gros yeux ingénus vers son filleul pour concentrer toute son attention, commençait alors, d'une voix très sérieuse, en faisant sonner épouvantablement les nasales:

«—Monsieur le député. A mon âge, les... et le... et mon émotion... et ce beau jour...»

Il n'arrivait jamais à trouver la phrase exacte!

Désespéré, Emile écrivit le petit discours. Il l'écrivit en caractères énormes pour que les prunelles du parrain pussent s'y reconnaître, et il supplia Yan de l'apprendre par cœur afin qu'on ne se moquât pas de lui, quand l'heure solennelle serait venue.

Yan reçut entre les mains un large

papier blanc sur lequel il pouvait lire, à grand renfort de lunettes, et en tenant l'écriture tout au bout de son bras, à cause de ses déplorables yeux de presbyte: «Monsieur le député. A mon âge, les longs discours ne sont pas de saison. Pardonnez-moi si je suis bref. J'ai mon filleul Emile à côté de moi; vous avez votre fille Florence à côté de vous: ces enfants ne me pardonneraient pas si je laissais palpiter leurs jeunes cœurs trop longtemps. Monsieur Brion, c'est avec une émotion très réelle que j'ai l'honneur de vous demander, pour mon filleul, la main de Mademoiselle votre fille.»

—Etudiez cela, papa! étudiez-le tout le temps! recommanda Emile.

Yan promit tout.

Au coin du feu, à table, au lit, il lisait le large papier blanc. Et parfois, sans le savoir, il se faisait la leçon à voix haute, comme les petits enfants studieux: