Le lendemain, à l'heure dite, j'arrive près du général qui me reçut avec la figure gracieuse d'un homme qui aime les vieux soldats: «Eh bien, me dit-il, vous ferez le service près de l'Empereur. Si ça ne vous faisait pas de peine de couper vos longues moustaches, vous me ferez plaisir; l'Empereur n'aime pas la moustache à son état-major. Eh bien, faites-en le sacrifice. Si je vous envoyais en mission, est-ce que vous auriez peur d'un cosaque?—Non, général.—Il me faut deux de vos camarades qui sachent commander, pour conduire chacun un bataillon d'isolés. Vous les connaissez, faites-les venir près de moi! Pour vous, je vous ai vu commander; vous connaissez votre affaire. J'ai trois bataillons de traînards à renvoyer à leurs corps d'armée. C'est vous qui demain les commanderez devant l'Empereur. Donc, vous viendrez avec vos deux camarades, et nous partirons de suite pour organiser les trois bataillons.»

Arrivé dans cet enclos, le général appela les soldats du 3e corps, les mit de côté et ainsi de suite. L'opération faite, nous rentrâmes pour terminer nos comptes avec le quartier-maître de la garde, pour recevoir nos certificats et notre masse. Heureusement pour moi, les soldats du train m'avaient pourvu d'un beau cheval avec la selle et le portemanteau; je me trouvais en mesure de ce côté-là, mais je n'avais pas de chapeau, pas de sabre; je n'avais que mon bonnet de police et on m'avait retiré mes galons; je me trouvais comme un sous-officier dégradé; cela me fit de la peine.

Je fus toucher ce qui m'était dû chez le quartier-maître ainsi que le certificat de mes services, et faire mes adieux à mes bons chefs. Ils me dirent de choisir un cheval dans mes attelages: «Je vous remercie, je suis bien monté, j'avais mis de côté un joli cheval tout sellé et bridé qui ne fait pas partie des équipages; je vous laisse tout en bon état.—Adieu, mon brave, nous nous verrons souvent.—Si j'avais un chapeau, je serais content.—Eh bien, passez ce soir, vous en trouverez un chez le quartier-maître; je m'en charge, dit l'adjudant-major.—Je suis sauvé.—Et si je puis vous trouver un sabre, je vais m'en occuper de suite. On vous doit bien cela.»

Je les quittai confus; je vais trouver le comte Monthyon pour lui faire part que j'étais libéré: «Je vous ferai payer votre entrée en campagne comme lieutenant pour vous monter. Dépêchez-vous de finir vos affaires; nous ne tarderons pas à partir.—Demain, mon général, tous mes comptes seront terminés.»

Le soir, je fus chez le quartier-maître, je trouvai un chapeau, un vieux sabre, et je me sentis une fois plus fort. Le lendemain matin, je me présente avec le grand sabre au côté et le chapeau à cornes: «Ah! c'est bien, dit-il, je vous trouverai des épaulettes. Nous partons le 16 juillet; venez deux fois par jour prendre mes ordres.»

Le 15 au matin, je me présente chez le comte Monthyon qui dit: «Nous partons demain, vous aurez 700 hommes à conduire au 3e corps. À midi, au château, devant l'Empereur. Je viens de faire prévenir vos deux camarades de se trouver à onze heures pour prendre le commandement de leur bataillon. Il faut aller de suite pour les passer en revue; les contrôles sont faits par régiment; mon aide de camp est parti pour faire l'appel; nous trouverons tout prêt.»

Nous arrivâmes dans l'enclos, tous étaient sous les armes, formant trois bataillons. Il nous remit le commandement, et nous fit reconnaître pour leurs chefs; il nous donna nos feuilles de route et le contrôle par régiment.—À six heures, le 15, j'étais dans l'enclos pour faire l'appel par régiment. Je trouvai d'abord 133 Espagnols de Joseph Napoléon, et ainsi de suite. Mon appel fait, je fais prendre les armes. On ne m'avait pas adjoint un sergent! Un tambour et un petit musicien, voilà quel était tout mon état-major pour maintenir 700 hommes! Je fais porter les armes et former les faisceaux. À neuf heures, la soupe, et à dix heures, tout le monde prêt. Mes deux camarades mirent le même zèle. À onze heures, le comte Monthyon arrive, passe rapidement, et nous partons… Heureusement, j'avais un tambour; sans cela, je marchais à la muette.

Mon petit musicien était à la droite du bataillon avec sa petite épée à la main. Nous arrivons au palais; je fais mettre mon bataillon sur la droite en bataille et en première ligne, les deux autres derrière moi; je plaçai des guides sur la ligne. Comme ils ne savaient rien, il me fallait les prendre par le bras, et l'Empereur me voyait de son balcon.

Je fais porter les armes, et commande: «Sur le centre, alignement! Guides, à vos places!» Je rectifie l'alignement, et vais me placer à la droite de mon bataillon. Le comte Monthyon va trouver l'Empereur; ils descendent et l'on me fit signe d'approcher. L'Empereur me demande: «Combien te manque-t-il de cartouches?—373 paquets, Sire.—Fais un bon pour tes cartouches et un bon pour deux rations de pain et de viande. Fais porter les armes, par le flanc droit, et conduis-les sur la place; je vais les faire garder. Et de suite au pain, à la viande et aux cartouches!»

Toutes les issues de la place étaient gardées; mes faisceaux formés. Je prends mes hommes de corvée, je vais aux cartouches et les distribue. Puis, je vais au pain et à la viande. À sept heures, toutes les distributions étaient terminées; j'étais mort de besoin; j'allai me restaurer et préparer mon beau cheval; je choisis un soldat à cheval démonté pour me servir de domestique. Je reçois l'ordre de partir à huit heures.