«Mme Salvage est venue hier au soir nous voir; elle est toute singulière.»

LE MÊME.

«Jeudi, Rome le 20 novembre 1828.

«Je perds la moitié de mes lettres à vous parler de postes et de courriers. J'ai reçu enfin une lettre de vous du 3 de ce mois par le courrier retardé, jugez quel bonheur! mais en même temps quel chagrin! Un courrier extraordinaire m'arrive le même jour des affaires étrangères, porteur de dépêches du 10, et rien de vous! Souvenez-vous qu'il part maintenant un courrier chaque semaine de la rue des Capucines, et que ce courrier fait la route dans sept jours. L'humble Henri Hildebrand ira vous avertir et prendre vos ordres. Quand vous n'auriez que le temps d'écrire devant lui ces deux mots: je me porte bien et je vous aime, cela me suffirait. Bien entendu que vous ne négligerez pas la poste ordinaire. Parlons maintenant de votre lettre.

«Elle est bien aimable: j'ai ri de vos recommandations. Ne craignez rien: je suis cuirassé. Je vous reviendrai et promptement, j'espère, comme je suis parti. Nous achèverons nos jours dans cette petite retraite, à l'abri des grands arbres du boulevard solitaire où je ne cesse de me souhaiter auprès de vous. Vous convenez que vous avez eu dernièrement des torts; moi je réparerai tous les miens.

«Votre dîner chez Mme de Boigne ne m'a point étonné: les lettres de
Fabvier au comité grec m'avaient appris à juger ce que c'était.

«Reste Moïse; me voilà comme vous, mourant d'envie qu'il subisse son destin. Je vous ai tout dit à cet égard: le banquier est prévenu; c'est, comme je vous l'ai dit, Hérard, rue Saint-Honoré n° 372. M. Taylor peut s'y présenter en mon nom, et moyennant son reçu, on lui comptera 15,000 francs. Le reste, c'est à vous de le faire et de le conduire. Comme le carnaval est long cette année, il est possible que le tout soit appris, monté et joué dans la saison de la foule et des plaisirs de l'hiver.

«Je vais aller, d'après vos ordres, prendre le bas-relief chez Tenerani. Je suis dans la joie de l'avoir chez moi: c'est quelque chose de vous. Il faudra bien mettre Ladvocat dans votre secret: il est propriétaire de Moïse: mais, comme vous, il pense que l'absence est une occasion unique pour risquer l'aventure.

«J'ai déjà annoncé à M. de La Ferronnays que je demanderais un congé pour Pâques, mais l'usage de ce congé sera toujours subordonné à votre volonté et à vos projets. Vous me donnerez vos ordres, et j'obéirai.

«Ma santé continue à n'être guère bonne. Je me suis mis au lait d'ânesse: cela me désennuie un peu. Écrivez-moi tout simplement par la poste. C'est le plus sûr et le plus prompt, sans négliger toute-fois les courriers extraordinaires…