LE MÊME.

«Rome, ce samedi 29 novembre 1828.

«Ce M. de Ganay me joue un bien mauvais tour; toujours partant de Paris et ne partant point, les courriers arrivent et se succèdent sans lettres de vous; car je suppose que toutes vos lettres sont entre les mains de M. de Ganay. Dieu veuille qu'il arrive ces jours-ci! Depuis jeudi que j'ai mis pour vous ma dernière lettre à la poste, j'ai bien souffert de mon rhumatisme. Rien de nouveau entre jeudi et samedi; car vous dire combien je suis triste loin de vous, n'est pas chose nouvelle. J'attends tous vos détails sur Moïse. J'ai vu hier au soir Mme Salvage; c'est une très-bonne femme. Demain tout le corps diplomatique dîne chez moi; le 9 du mois prochain, j'ai mon ricevimento. Voilà où j'en suis. Le printemps viendra me consoler. Je vous verrai, et toutes les peines seront oubliées! À lundi; je ne puis plus écrire, ayant un grand mal de tête que je vais aller promener, pour le dissiper, si je puis, le long du Tibre. À lundi et à toujours!»

LE MÊME.

«Rome, le mardi 2 décembre 1828.

«Voilà enfin M. de Ganay, il m'apporte trois lettres de vous; l'une du 11, l'autre du 18, la troisième du 21 novembre. Je vous remercie mille fois. Soyez bien tranquille sur mes sentiments pour vous, rien ne peut les arracher de mon coeur, ils dureront autant que ma vie. Je ne vous parlerai plus de ma vieillesse; je vous trouverai jeune à cent ans.

«Laissez dire les amis au sujet de Moïse. Bertin m'écrit aussi à ce sujet; ce qui l'inquiète, lui, c'est la médiocrité des acteurs. Ce qui anime Mme d'Ag., c'est une certaine antipathie des succès arrivés ou à craindre qui lui est naturelle. Laissons faire le temps. Il faut accomplir son sort; il faut que Moïse soit joué. S'il tombe, peu m'importe; s'il réussit en dépit de tous les obstacles, une couronne va bien, et l'on se range du côté du pouvoir. Fermez donc l'oreille à tous ces bruits, ou plutôt ne les écoutez pas. Ayez le même courage que moi.

«On m'écrit de Paris mille rabâchages de ministère; je ne veux plus entendre parler de tout cela; je ne veux plus rien que mourir auprès de vous à Rome ou à l'Infirmerie. Je ne prends donc à rien de ce qu'on me dit. Je n'ai qu'un moment pour mettre cette lettre à la poste avant le départ du courrier. Jeudi je reviendrai sur vos lettres. C'est aujourd'hui un simple accusé de réception. Je suis inébranlable sur Moïse: allez en avant, et n'écoutez rien.

«Quel désastre dans cette pauvre infirmerie! À vous, à vous.

«Dites, je vous prie, à M. de Barante, que je lui répondrai (il m'écrit), et remerciez-le de son obligeante mention à l'Académie.