LE MÊME.
«Rome, samedi 24 janvier 1829.
«Vous n'avez pas su, ou vous n'avez pas pu profiter du départ d'un courrier extraordinaire parti de Paris le 14 au soir, et qui m'a apporté hier la nouvelle officielle du congé de trois mois accordé à M. de La Ferronnays, et du portefeuille donné par intérim à M. Portalis. Cela m'arrange fort; car cela me donne le temps de regarder autour de moi, de ne rien précipiter et de mieux préparer l'avenir.
«Cet arrangement des ministres est celui d'hommes qui craignent de prendre un parti: c'est seulement reculer la difficulté. Je vous prie de bien rétablir les faits autour de vous; les voici encore: je n'ai jamais songé ni pu songer à revenir sans congé, pas plus qu'un soldat ne peut quitter son poste sans avoir été relevé par son officier. J'ai écrit à M. de La Ferronnays que je demanderais un congé pour mes affaires, après Pâques, époque où on en donne à tout le monde, et qui ne m'amènerait guère à Paris qu'à la fin de la session. Quant à l'ambassade elle-même, j'ai déclaré en tout temps que je ne resterais ambassadeur qu'autant que mon ami M. de La Ferronnays resterait ministre: c'est la seule et unique condition de mon traité; je me retirerai donc s'il se retire, quel que soit son successeur. Mais je ne demande qu'à m'ensevelir dans ma retraite, et j'espère que le roi voudra bien m'accorder cette faveur.
Ami, rends moi mon nom! la faveur n'est pas grande;
Ce n'est que pour mourir que je te le demande.
«Ce matin la poste ordinaire m'apportera peut-être une lettre de vous, mais comme elle sera antérieure de date à mes nouvelles, elle ne m'apprendra rien quant à la politique.
«Je voudrais bien, je vous assure, vous parler de toute autre chose que de cette triste politique, remplir mes lettres du récit de mes promenades solitaires à Rome et de mon attachement pour vous. C'est malgré moi que je reviens à un sujet qui occupe malheureusement ma vie, mais enfin cela finira.
«Mon Mémoire sur les affaires d'Orient était arrivé au ministère au moment même de l'accident de M. de La Ferronnays, et je ne sais s'il aura été mis sous les yeux du conseil, ainsi que ma grande dépêche portée depuis par M. du Viviers. C'est un grand malheur que cet accident de M. de La Ferronnays, je le déplore sincèrement. J'espère encore que, dans trois mois, il pourra reprendre son portefeuille; mais je conçois difficilement comment M. Portalis pourra garder ce portefeuille à la tribune des Chambres pendant trois mois. Je vois que Bertin a donné un démenti à la Gazette dans son journal; il est trop bon: je n'ai pas besoin d'être défendu contre la Gazette.»
LE MÊME.
«Rome, jeudi 29 janvier 1829.