«Le congé est demandé. Quant aux projets de ministère, je n'y ai pas du tout le coeur. Mon goût décidé est le repos, et s'il me passe encore quelquefois des rêves de puissance par la tête, je ne les dois qu'aux inspirations étrangères à mon état naturel. Laissons tout cela. Je vous verrai bientôt; bientôt vous serez ici, ou je serai à l'Abbaye-au-Bois.
«Ma santé n'est pas bonne: je ne me promène pas du tout le soir; je me soigne comme si j'étais un autre; je prends deux fois le jour le lait d'ânesse; je marche deux heures avant mon dîner par régime, je ne veille qu'à mon corps défendant, et, malgré tout, je souffre. Avant-hier, dans la nuit, j'ai cru que j'étoufferais; ma goutte ou mon rhumatisme était remonté dans mon estomac et de là dans ma tête. Je ne suis plus qu'un invalide dont le coeur reste tout entier pour vous.
«Demain on couronne mon pape, mais le temps est affreux; il pleut à verse depuis cinq ou six jours. Mercredi, je donne à dîner à tout le conclave, et jeudi à la grande-duchesse Hélène de Russie.
«J'oubliais de vous dire que le cardinal Fesch s'étant très-bien conduit dans le conclave et ayant voté avec nos cardinaux, j'ai franchi le pas et je l'ai invité à dîner. Il a refusé par un billet plein de mesure, auquel j'ai répondu par le billet ci joint.»
M. DE CHATEAUBRIAND AU CARDINAL FESCH.
«J'aurais voulu, Monsieur le cardinal, répondre plutôt au billet que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Il augmente infiniment mes regrets et ceux de Mme de Chateaubriand. Espérons que le temps viendra où tous les obstacles seront levés. Grâce à la magnanimité de son roi, la France est assez forte désormais pour braver des souvenirs: la liberté doit vivre en paix avec la gloire.
«Je prie Votre Éminence de croire à mon dévouement, et d'agréer
l'assurance de ma haute considération.»
En même temps. M. de Chateaubriand envoyait à Mme Récamier le billet suivant destiné au jeune Canaris.
M. DE CHATEAUBRIAND À NICOLAS CANARIS
«Rome, 9 avril 1829.