«Mon cher Canaris, je vous dois depuis longtemps une réponse. Vous m'excuserez, parce que j'ai eu beaucoup d'affaires. Voici mes recommandations:
«Aimez bien Mme Récamier. N'oubliez jamais que vous êtes né en Grèce; que ma patrie devenue libre a versé son sang pour la liberté de la vôtre; soyez surtout bon chrétien, c'est-à-dire honnête homme, et soumis à la volonté de Dieu. Avec cela, mon cher petit ami, vous maintiendrez votre nom sur la liste de ces anciens fameux Grecs, où l'a déjà placé votre illustre père.
«Je vous embrasse.
«CHATEAUBRIAND.»
M. DE CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.
«Samedi. Rome, 11 avril 1829.
«Nous voilà au 11 avril: dans huit jours, nous aurons Pâques, dans quinze jours mon congé, et puis vous voir! Tout disparaît dans cette espérance: je ne suis plus triste, je ne songe plus aux ministres et à la politique. Nous retrouver, voilà tout: je donnerais le reste pour une obole.
«Demain nous commençons la semaine sainte. Je penserai à tout ce que vous m'en avez dit. Que n'êtes-vous ici pour entendre avec moi les beaux chants de douleur! Et puis nous irions nous promener dans les déserts de la campagne de Rome, maintenant couverts de verdure et de fleurs. Toutes les ruines semblent rajeunies avec l'année. Je suis du nombre.
«Mon gros ami Bertin a profité de l'à-propos. Il a très-bien fait ressortir les éloges donnés par le cardinal Castiglioni, et quatre jours après vous aurez appris que ce cardinal était pape, comme récompense de ses éloges. J'attends pour fermer cette lettre l'arrivée de la poste.
«Je tiens une bonne lettre de vous du 30. Je regrette comme vous Rayneval, mais nous ne serons pas assez heureux pour l'obtenir. Je ferai ce que je pourrai pour Andryane. Je vois par la discussion que tout le monde est contre la loi. Que me fait tout cela? Je serai à l'Abbaye-au-Bois dans un mois, ou même avant.