«Je vous écrirai, je vous rapporterai des notes. Mais c'est un grand malheur de vivre ainsi toujours dans l'avenir, quand il reste si peu de présent.

«Ce qui me désole encore plus, c'est que je serai bien longtemps sans recevoir de vos nouvelles. Risquez toujours quelques mots, poste restante, à Venise et à Milan. Si je n'y suis plus, je les ferai retirer.

«Aimez-moi un peu, pensez à moi. Vous savez que c'est toute ma vie et toute ma protection.

LE MÊME.

«Saint-Marc près Dijon, 4 septembre 1833.

«Le hameau où je suis arrêté pour dîner est solitaire et a une belle vue au soleil couchant, sur une campagne assez triste. C'est aujourd'hui, 4 septembre et non 4 octobre, que je suis né, il y a bien des années! Je vous adresse le premier battement de mon coeur; il n'y a aucun doute qu'il ne fût pour vous, quoique vous ne fussiez pas encore née.

«Je voudrais vous écrire longtemps; mais le pavé, sur cette route, m'a ébranlé la tête, et je souffre. Soyez en paix, vous me reverrez bientôt et tout sera fini.

«Je jetterai ce billet à la poste en passant cette nuit à Dijon. Je
serai après-demain matin, vendredi, à Lausanne, et dimanche à
Milan.

LE MÊME.

«Domo d'Ossola, samedi soir 7 septembre.