«Parlez de moi à la petite société de l'Abbaye.»
M. de Chateaubriand arriva à Prague le 24 mai, il y passa trois jours. Il faut relire dans ses Mémoires le récit de sa visite au vieux roi exilé, aux enfants dont il parle avec un respect attendri et une grâce toute particulière. Ce récit restera comme un des morceaux les plus achevés de ces Mémoires, si diversement et si injustement appréciés, et qui renferment pourtant des beautés du premier ordre. La postérité, plus équitable que les contemporains, rendra à cet ouvrage son véritable rang.
Au moment de partir pour Carlsbad où se trouvait Mme la Dauphine, M. de
Chateaubriand écrit à Mme Récamier.
27 mai.
«C'est mercredi 29 que je pars pour Carlsbad. On me désire à Vienne; mais j'ai une telle envie de vous revoir avec la France, que je ne sais si je ferai cette course qui me retarderait de dix à onze jours. Dans tous les cas, j'espère ne pas passer mon mois. Il ne faut plus vous quitter.»
Mme Récamier passa l'été de 1833 à Passy où M. de Chateaubriand trouva la société de l'Abbaye-au-Bois réunie; mais lui-même ne tarda pas à repartir, appelé cette fois en Italie par la royale cliente qui avait placé sa cause entre ses fidèles mains.
Nous allons le suivre dans cette nouvelle excursion, grâce aux lettres qu'il adressait de la route à Mme Récamier.
M. DE CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.
«Paris, lundi soir 2 septembre 1833.
«Ne pouvant vous voir demain matin, je vous écris ce soir pour vous dire adieu. Je suis bien moins ferme que dans le dernier voyage, bien qu'allant sous un plus beau ciel. Je vous laisse souffrante, et je n'ai pas de courage contre cela. Mme de Chateaubriand aussi n'est pas bien; enfin je suis tout troublé. Je me rassure en pensant qu'avant un mois, je serai revenu auprès de vous.