M. DE CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.

«Paris, 29 juillet 1835.

«Je ne devais vous écrire que demain, mais je veux vous dire aujourd'hui que, dans mon faubourg, je n'ai appris l'événement dont les journaux vous ont donné la nouvelle, que par un cocher de fiacre. Vous voyez que je suis chanceux: j'arrive en 1830 aux journées qui voient tomber la branche aînée; j'arrive en 1835 aux journées qui ont pensé voir disparaître la branche cadette. Le mal de cela, outre le crime, est de rendre incertaine à tous les yeux l'existence de la monarchie nouvelle, et de porter peut-être le gouvernement à des mesures contre la liberté; et par ces mesures mêmes, il augmentera son péril. Après ce petit mot de nouvelles, je n'ai plus qu'à vous dire que je vous regrette, vous, la mer et votre solitude.»

Le surlendemain, il écrit de nouveau:

LE MÊME.

«31 juillet.

«J'attends ce matin un petit mot de vous. Je n'ai pas beaucoup travaillé. Cette aventure sanglante m'a distrait. Le duc de Noailles ne viendra-t-il pas à ce nouveau procès?

«Si l'on propose quelque loi contre la liberté de la presse, je serai obligé d'écrire. Voilà ma grande peine.

«La chaleur est affreuse ici, et bien qu'il m'en coûte, je suis bien aise que vous receviez ces bonnes brises de mer qui vous font respirer; et comme je vis de votre vie, il me semble qu'elles me font du bien à cinquante lieues de distance.»

LE MÊME.