La vicomtesse de Laval était déjà malade, quand Mme Récamier s'établit à Châtenay: son grand âge donnait de la gravité à la moindre indisposition. M. Ballanche s'était chargé d'apporter ou de transmettre chaque jour le bulletin de sa santé. Il écrivait le 27 juin:
M. BALLANCHE À Mme RÉCAMIER.
«Mme de Montmorency n'a point donné de bulletin aujourd'hui, elle s'est bornée à faire dire que la situation est loin d'être satisfaisante. Elle donnera demain un bulletin explicatif.
«Mme de Lipona se prépare à partir, mais elle ne veut pas partir sans vous voir. Elle désire vous trouver seule. Cependant elle ne craindrait pas une occasion de faire ses adieux à M. de Chateaubriand. Elle tâchera d'aller à Châtenay sur les deux heures, à moins que M. Molé ne vienne la voir à cette heure-là; alors ce serait un peu plus tard. La lettre qu'elle vous a écrite a été adressée, par inadvertance, à Fontenay-aux-Roses; vous pourriez la faire réclamer là.
«Les journaux de ce matin vous ont appris que la brochure de M. Laity était déférée à la chambre des pairs. Tous les journaux de l'opposition blâment le gouvernement: ils prétendent qu'il eût été suffisant de la faire juger par la cour d'assises et le jury. Je suis de même avis, s'il ne s'agit que de la brochure elle-même; il y a sans doute quelque chose de plus. Trop de solennité a bien quelques inconvénients.
«J'ai fait mes adieux à la comtesse de Lipona qui est très-contrariée de la brochure[103].»
Le 6 juillet un billet de M. Ballanche apprit à Mme Récamier que tout était fini, et que la mort venait de lui enlever son dernier lien terrestre avec son saint ami, dans la personne de la vicomtesse de Laval.
«Aujourd'hui, je n'ai malheureusement point de bulletin à attendre. Elle est morte pleine de jours, hélas! et de chagrins, survivant à tout ce qu'elle eut de plus cher, et pourtant laissant après elle d'aimables traces et de doux souvenirs. Depuis bien des jours, elle ne vivait que pour achever de souffrir. Vous le savez: l'hiver dernier, déjà, on ne croyait pas qu'elle pût vivre encore. C'est inutilement que les jours s'ajoutent aux jours: il faut qu'enfin le dernier arrive. Je me suis informé des funérailles, elles auront lieu demain matin.»
Le voyage de M. de Chateaubriand dans le Midi était un véritable triomphe; il était partout accueilli avec enthousiasme.
Il jouissait des témoignages de sympathie qui lui étaient offerts, et les raconte avec entrain; nous nous contenterons de citer un des billets qu'il écrivit alors: