LE DUC MATHIEU DE MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.

«Paris, ce 29 novembre 1823.

«C'est à Dampierre, où j'ai été passer sept à huit jours d'adieux pour cette année, que j'ai reçu votre petite lettre datée du 18 novembre. Elle m'a fait grand plaisir, puisque voilà ce Mont Cenis passé; vous avez atteint un plus beau soleil, un climat doux, pendant que nous sommes depuis une semaine dans les plus épais brouillards.—Amélie se trouve déjà mieux: c'est une vraie consolation et la seule que je puisse recevoir de votre absence. Vous savez quels tendres voeux vous accompagnent, et pour elle et pour vous-même. Je doute qu'une lettre puisse encore vous rejoindre à Florence que vous m'indiquez et où je projetais bien de vous faire trouver un petit mot chez M. de la Maisonfort[8], à qui vous ne pouvez pas échapper. Mais j'envoie toujours ceci à M. Récamier qui m'a fait prévenir d'une bonne et rapide occasion.—Nous sommes ici à peu près dans la même position, disputant sur la septennalité et la dissolution.—Un homme de vos amis[9] a pris la plume: c'est peut-être trop souvent. Je suis du reste, comme vous croyez, beaucoup moins au courant de ses nouvelles. Nous nous sommes rencontrés en bon lieu, et j'ai trouvé que ce qu'il y avait de plus simple, c'était de nous parler de vous. Il m'a dit n'avoir pas eu une seule fois de vos nouvelles: je trouvais moi-même que c'était trop peu, quoique je désire que vous ne vous fatiguiez pas trop surtout à certaines lettres; j'ai cependant dit que je croyais être sûr que vous en aviez écrit une.

«Je pense, surtout pour les envier, aux amis qui vont avoir le bonheur de vous voir, de vous recevoir. J'ai reçu une très-aimable lettre de la duchesse[10], de Naples où elle a été voir les Clifford et son beau-fils. Adrien vous parlera peut-être d'un petit intérêt d'amour-propre sur lequel mon amitié ne veut pas garder un silence affecté. Les journaux vous auront dit que j'avais eu la grand'croix de Saint-Charles[11]. Je voulais le trouver simple, puisque deux autres n'avaient pas été traités autrement. Mais on dit aujourd'hui qu'ils sont parvenus à se faire accorder mieux, et alors je pourrais être blessé du rapprochement. C'est assez misérable, et cela m'ennuie sans y ajouter trop d'importance.

«Adieu, aimable amie, parlez de moi à votre nièce, aux voyageurs qui vous auront sûrement rejointe. Vous savez ce qui manque chaque soir à ma journée.

«Adieu, adieu.

«Nous sommes dans l'attente de la réception de M. le duc d'Angoulême pour mardi prochain.»

M. DE CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.

«Paris, le 29 novembre 1823.

«Je crains que ma lettre adressée à Turin ne vous soit pas arrivée, parce qu'elle n'était pas affranchie. J'ai peur aussi que vous n'ayez passé trop vite à Turin et à Florence, où je vous ai également écrit, pour avoir le temps de voir que vous n'étiez pas oubliée. J'espère que mes premières lettres vous rejoindront à Rome avec celle-ci.